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En septembre dernier, La Nef restituait son étude menée en 2021-2022 auprès des musiciennes charentaises. Le point de départ : alors que les filles sont aussi nombreuses que les garçons à apprendre les musiques actuelles, elles s’évaporent » au fil des années… pour ne finalement être plus que 17% sur scène et 15% en studio de répétition. 1

On a vite fait de penser que l’égalité est « en bonne voie », acquise au chausse-pieds à grands coups de réquisitoire pour la parité. Pourtant, il semble bien que le problème (car c’en est un) se joue ailleurs, à la frontière de l’individu et du collectif, du psychologique et du sociologique.

De parcours en trajectoire, le « twist d’Hortense »

Pendant dix mois, Typhaine Pinville, docteure en sociologie de la musique, a interrogé des musiciennes, de 11 à 47 ans, pour comprendre leurs pratiques et leur parcours. À la surprise générale, ces histoires singulières, faites de choix et d’expériences personnelles se sont révélé avoir de nombreux points communs, dessinant finalement une trajectoire similaire.

Et s’il s’agissait plutôt d’un problème systémique ? Et si finalement, je n’étais pas fautive d’avoir du mal à me faire une place ? Et si je n’étais pas cette « chianteuse », cette jolie voix agrémentée d’une paire de n*** à qui on ne laisse pas vraiment son mot à dire dans la création des morceaux ? Et si je ne manquais pas de confiance en moi, mais que j’avais plutôt du mal à construire une légitimité dans ce milieu quasi-exclusivement masculin ? Et si jouer en groupe était moins évident pour moi que pour mes homologues masculins qui font ça depuis le lycée, tandis que j’ai préféré continuer les cours particuliers ? Et si, et si… et si ! Lors d’entretiens collectifs, c’est le twist : Hortense libère la parole et les participantes se trouvent de nombreuses questions communes. Et si les mêmes problématiques se répètent, alors peut-être dépassent-elles les individus ? Peut-être constituent-elles une question de société ?

Girls just want to have… music !

Car effectivement, dans cette nouvelle étude, les constats sont sans appels : les pratiques musicales sont très genrées dès l’enfance (les filles, par exemple, constituent 64% des chanteur·ses et seulement 14% des batteur·ses). Elles ont aussi peu d’expérience de pratique en autonomie, ce qui peut entraîner un blocage pour jouer en groupe et se produire sur scène. Elles mettent plus de temps à construire leur parcours mais sont aussi plus vite « périmées » (ou plutôt leur corps, particulièrement scruté).

Même en amateures, la musique s’évapore de leur vie sous le coup des contraintes et du manque de reconnaissance. Celles qui subsistent sont celles qui ont survécu à la sélection naturelle, des badass. Mais est-ce vraiment le but ? Les filles doivent-elles impérativement se transformer en féministes aguerries pour espérer jouer d’égale à égal ? Le postulat est qu’il ne devrait pas être si difficile de – juste – jouer de la musique.

« Au-delà de l’affichage d’intérêt sur cette question, il est important de dégager des moyens au niveau local, de fédérer les acteurs institutionnels, de l’enseignement et du secteur pour passer à l’action de façon collective »

Lætitia Perrot, directrice de la Nef.

Problème systémique à solutions locales

L’objectif de cette étude est avant tout d’engager une sensibilisation de fond, et de terrain. « Au-delà de l’affichage d’intérêt sur cette question, il est important de dégager des moyens au niveau local, de fédérer les acteurs institutionnels, de l’enseignement et du secteur pour passer à l’action de façon collective » explique Lætitia Perrot, directrice de la Nef.

La finalité ? Permettre aux filles – tout comme aux garçons – de choisir leur pratique musicale, sans se soumettre aux stéréotypes de genre qui traversent notre société. Qu’ils soient doux, qu’elles soient fortes, qu’ils soient suiveurs ou qu’elles soient leadeuses, la vraie égalité s’observera dans des parcours variés, non-genrés. Et la condition de cette égalité, c’est avant tout une « liberté éclairée », comme l’évoque Lætitia Perrot. « Sortir des stéréotypes, déconstruire ces préjugés et puis après… » invite Typhaine Pinville, en charge de l’étude.

1 Source : FEDELIMA (Fédération nationale des lieux de musiques actuelles et de jazz), chiffres 2019